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Lot 14: Plaque en ivoire sculpté en bas-relief représentant le Voyage de Nazareth à Bethléem

Haute Epoque

by Piasa

December 9, 2016

Paris, France

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Past Lot
  • Plaque en ivoire sculpté en bas-relief représentant le Voyage de Nazareth à Bethléem
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  • Plaque en ivoire sculpté en bas-relief représentant le Voyage de Nazareth à Bethléem
  • Plaque en ivoire sculpté en bas-relief représentant le Voyage de Nazareth à Bethléem
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Description: Plaque en ivoire sculpté en bas-relief
représentant le Voyage de Nazareth à Bethléem.
Marie est représentée de face assise sur le dos
d''un âne fiuré lui de profi, l''antérieur gauche
légèrement levé ; debout sur la gauche, se tient
Joseph qui lui saisit la main droite surmontée
d''une plante portant deux branches entrelacées
dont l''une avec un fruit ; le fis de Joseph, né
d''une précédente union, conduit l''âne, tenant
sur l''épaule un bâton auquel est suspendu
un seau ; dans l''angle supérieur droit, les
remparts d''une ville surmontés de trois tours.
Une moulure plate encadre la scène ; languette
d''encastrement tout autour de la plaque.
Italie du sud, atelier de Campanie, fi du XIe/
début du XIIe siècle
H 9,7 × L 11,2 × P 1 cm
(quelques fentes, très petits manques, bordure
peut-être retaillée anciennement)
Cette rare plaque d''ivoire semble se rattacher au groupe des ivoires issus des ateliers
d''Italie du sud dont on situe la production dans les villes d''Amalf et de Salerne durant les
dernières décennies du XIe siècle jusqu''aux premières du siècle suivant. La scène du Voyage à
Bethléem se trouve ainsi interprétée presqu''à l''identique sur une des nombreuses plaquettes
conservées au musée diocésain de Salerne (fi. a). Ce célèbre ensemble de panneaux d''ivoire,
au nombre d''une quarantaine est par commodité réuni sous le nom de paliotto (devant d''autel
ou retable en italien). Certains de ces petits panneaux ont été dispersés et plusieurs d''entre
eux sont dans des musées comme à New York, Paris, Berlin, Hambourg ou Budapest. Leur
destination première reste mal défiie et les historiens d''art pensent à un trône, un coffet, un
devant d''autel ou encore une porte. La plaque romane présentée ici pourrait d''ailleurs avoir
appartenu à une porte. Son bord extérieur - d''une couleur blanche par rapport à la moulure
plate plus jaune qui le surplombe - semble destinée à s''encastrer dans une rainure à l''image
des éléments de forme géométrique des portes fatimides de la même époque. On ne peut
écarter toutefois que cette bordure ait été retaillée très anciennement pour insérer la plaque
dans un plat de reliure ou un autre encadrement pour tout autre usage.
La scène du Voyage à Bethléem est un épisode du Nouveau Testament relativement rare ;
l''art chrétien l''a éliminé par la suite parce qu''elle faisait double emploi avec la Fuite en
Egypte avec laquelle on peut aisément la confondre. Elle serait la compilation entre le récit
de l''Evangile de saint Luc (5,1) et celui apocryphe de l''Enfance du Christ de saint Jacques
(17,2). Deux interprétations sont données au sujet de la plante aux deux branches entrelacées
tenue par Joseph et Marie : l''une serait la fiuration d''une branche fructueuse de vigne et
d''une branche stérile de palmier symbolisant la «synagogue stérile» et «l''église fructueuse»,
image populaire dans la culture médiévale, l''autre serait la coopération entre le chaste
Joseph et la femme enceinte qu''est Marie portant le Christ dans son ventre. Outre la plaque
de Salerne mentionnée plus haut, de composition identique mais de format plus carré, une
autre illustrant le même thème est connue dans les collections du musée de Cleveland (n°. inv. 1978.40). Sur fond d''architectures combinant des motifs islamiques et
byzantins, le groupe de personnages est semblable, sans toutefois la présence de la plante aux branches entrelacées (fi. b).
On connaît l''existence de répliques d''une même composition dans la production des ivoires médiévaux. L''époque carolingienne nous en donne plusieurs exemples.
On pense notamment à la plaque illustrant la Crucifiion et la Visite des saintes Femmes au sépulcre du Merseyside County Museum de Liverpool (M 8022) à la
composition identique en tous points à celle d''une autre plaque en ivoire conservée à l''Académie des Arts d''Honolulu (672.1). Pour le paliotto, on a la certitude que
les artistes salernitains se sont inspirés pour certaines scènes, en particulier la Nativité et les Noces de Cana, d''une autre œuvre, la «chaire de Grado». Les quatorze
plaques ou fragments d''ivoire recensés de cette chaire à présent détruite constituent un groupe cohérent dont on situe la réalisation à Alexandrie au cours du VIIe
siècle ou plus tard à Rome au IXe siècle. Les sources iconographiques des ivoiriers devaient être cependant très diversifies : toutes sortes d''œuvres contemporaines
ou plus anciennes pouvaient constituer une source d''inspiration comme les mosaïques, les fresques et le mobilier religieux sans oublier les manuscrits enluminés.
L''origine iconographique du Voyage à Bethléem ne semble pas avoir été précisément identifie bien que le thème soit apparu très anciennement comme nous le montre
une pyxide en ivoire conservée au Staatliche Museum de Berlin donnée comme Syrie-Palestine, VIe siècle.
La datation précise des ivoires comme la situation géographique des ateliers d''Italie méridionale qui les travaillaient sont toujours des sujets de discussion. Danielle
Gaborit-Chopin donne ainsi une date aux environs de 1084 pour la plaque du paliotto conservée au Louvre (OA 4052), année de la consécration par Grégoire VII
de la nouvelle cathédrale de Salerne. La réalisation de cette plaque du Voyage pourrait donc se situer un peu après. Il n''est pas non plus possible de trancher avec
certitude sur le lieu précis de l''atelier où la plaque a été taillée. Son travail de sculpture se diffrencie de celui des ivoires réalisés avec une quasi-certitude à Almaf
ou à Salerne. Comme la plaque représentant le Songe de Joseph du musée des Antiquités à Rouen dont la facture est également originale, il convient de situer la
réalisation du Voyage à Bethléem dans un atelier de Campanie sans plus de précision.
Cette plaque demeure un précieux témoignage de l''art des tailleurs d''ivoire
de l''Italie méridionale à l''époque romane, à la croisée du monde occidental
et moyen-oriental. C''est ainsi que la simplifiation des volumes et la force
qui se dégage des visages, notamment celui de Joseph, relèvent de la
vieille tradition lombarde, que le dessin des vêtements et les attitudes des
personnages dérivent des modèles byzantins et les minarets au-dessus de
l''enceinte fortifie renvoient quant à eux à l''architecture arabe.
Ouvrages consultés : D. Gaborit-Chopin, Ivoires du Moyen Age, Offi du
Livre, 1978 ; R. H. Randall, Masterpieces of ivory from the Walters Art Gallery,
Baltimore, 1985 ; De l''Egypte ancienne à la Renaissance rouennaise, Musée des
Antiquités, Rouen, 1992, cat.66 ; M. Gibson, The Liverpool Ivories, Londres,
1994 ; D. Gaborit-Chopin, Ivoires médiévaux Ve-XVe siècle, Musée du Louvre,
Paris, 2003 ; P. Williamson, Medieval ivory carvings – Early Christian to
Romanesque, Victoria and Albert Museum, Londres, 2010 ; The Salerno
Ivories- Objects, histories, contexts, Berlin, 2016.


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