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Antoine-Jean Gros (1771 - 1835)

Lot 88: BARON ANTOINE-JEAN GROS (PARIS 1771-1835)

Christie's

February 23, 2009
Paris, France

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Description

BARON ANTOINE-JEAN GROS (PARIS 1771-1835)
David jouant de la harpe pour le roi Saül ou David charmant la mélancolie de Saül
signé 'Gros.' (en bas à gauche)
huile sur toile
174 x 237 cm. (68½ x 93¼ in.)

Exhibited

Paris, Salon de 1822, no. 615, sous le titre 'David introduit près de Saül pour dissiper par l'harmonie de sa harpe les sombres idées dont ce roi était tourmenté'.

Literature

C.-P. Landon, Les Annales du musée, Paris, 1822, p. 49 (gravé par Reveil).
Galerie lithographiée des tableaux de S.A.R. Monseigneur le Duc d'Orléans, Paris, 1824.
Indicateur de la galerie de tableaux de S.A.R. Monseigneur le Duc d'Orléans au Palais Royal, Paris, 1824, no. 41.
J. Vatout, Notices historiques sur les tableaux de la galerie de S.A.R. Monseigneur le duc d'Orléans, Paris, 1826, IV, p. 122, no. 41.
A. Duchesne, Musée de peinture et de sculpture ou recueil de principaux tableaux, statues et bas-reliefs des collections publiques et particulières de l'Europe dessinés et gravés à l'eau forte par Réveil, avec des notices descriptives, critiques et historiques, Paris, 1828 - 1834, vol. 5, p. 299.
J.B. Delestre, Gros, sa vie et ses ouvrages, Paris, 1867, 2nde édition, pp. 233-235, 676, 682.
J. Tripier-Lefranc, Histoire de la vie et de la mort du Baron Gros, le grand peintre, Paris, 1880, pp. 366-368.
H. Lemonnier, Gros, Paris, 1928, p. 13, illustré.

Provenance

Commandé à l'artiste par Louis-Philippe d'Orléans (1773-1850) dont le chiffre royal est apposé sur la toile de rentoilage et sur le châssis; sa vente après décès, Paris, 28 avril 1851, lot 55.
Vente anonyme, Christie's, New York, 19 mai 1993, lot 35; Galerie Alain Tarica, Paris; d'où acquis en 1995 par Yves Saint Laurent et Pierre Bergé.

Notes

No VAT will be charged on the hammer price, but VAT payable at 19.6% (5.5% for books) will be added to the buyer’s premium which is invoiced on a VAT inclusive basis
Né en 1771 Antoine-Jean Gros entre dans l'atelier de David à quinze ans et est admis à l'Académie de peinture deux ans plus tard. C'est durant son séjour de quatre ans en Italie (1793-1799) qu'il est présenté au Général Bonaparte dont il fait un célèbre portrait, Bonaparte au Pont d'Arcole qui triomphera au Salon de 1796 et lancera sa carrière. De retour à Paris il devient l'un des peintres favoris du premier Consul puis de l'Empereur, dont il illustre les hauts faits militaires, comme par exemple avec Les Pestiférés de Jaffa, 1804 (Louvre), La Bataille de Nazareth, 1801 (Nantes, Musée des Beaux-Arts), La Bataille d'Aboukir, 1806 (Versailles), ou La Bataille des Pyramides, 1810 (Versailles). Après 1815 et le retour au pouvoir des Bourbons, David est exilé à Bruxelles. C'est à Gros que revient son poste de Professeur à l'Ecole des Beaux-Arts et la place de chef de file de l'école française. Gros reprend aussi l'atelier de David dont il continue de recueillir les conseils à travers une abondante correspondance. Après avoir connu un extraordinaire succès auprès des critiques pour ses tableaux de l'épopée napoléonienne, Gros se trouve malmené par celles-ci lors des Salons des années 1820 et 1830. Ceci s'explique par un décalage entre la poursuite de l'artiste d'un idéal néoclassique dans ces années et la désaffection du public pour ces sujets sérieux et son goût grandissant pour les scènes de genres et le portrait. Encouragé par David qui lui écrit régulièrement de Bruxelles 'Livrez-vous actuellement à ce qui constitue vraiment le peintre d'histoire' (Lettre de David à Gros, 1er avril 1821), Gros prône un retour aux sujets de l'histoire antique, à ses yeux seuls dignes d'intérêts. Il encourage ses élèves à retourner vers l'enseignement de David - étude des maîtres anciens, respect scrupuleux du dessin, minutie des détails et sujets nobles-, renonçant désormais dans ses propres tableaux aux innovations esthétiques (liberté dans le dessins, les coloris, les proportions) de ses fougueuses peintures des batailles napoléoniennes tant admirées par les jeunes romantiques. Paradoxalement, cette admiration que lui porte la nouvelle génération que constituent Géricault, Horace Vernet et Delacroix désespère Gros qui se sent coupable d'avoir perverti la peinture en encourageant à plus de spontanéité et aux choix de sujets de la vie contemporaine. Accablé de doutes, malheureux en ménage et malmené par la critique du Salon de 1835 où il exposait son Acis et Galatée (Norfolk, Chrystler Museum), et Hercule et Diomède (Toulouse, Musée des Augustins), Gros se suicide en 1835 en se jetant dans la Seine.

C'est donc dans le contexte de la période la plus troublée de la carrière de Gros qu'il faut replacer l'ambitieuse composition du David introduit près de Saül, pour dissiper par l'harmonie de sa harpe, les sombres idées dont le roi était tourmenté, et son accueil au Salon de 1822. Le tableau fut injustement attaqué (dans une lettre anonyme!) pour l'usage abusif qu'avait fait le peintre du rouge de cinabre (ce qui aurait fait monter le prix de cette couleur chez les marchands de Paris), et, par certains critiques, pour la taille des figures (pas assez grandes) et les rapports des proportions entre les personnages. Il fut aussi loué par d'autres critiques -moins nombreux il est vrai- pour sa poésie 'orientale' et son 'sentiment'. C'est au même Salon de 1822 que Gros exposait son splendide Bacchus et Ariane (Phoenix, Museum of Art), qui suscita aussi des commentaires mitigés.

Le tableau a été commandé par Louis-Philipe d'Orléans en 1821 pour sa galerie du Palais Royal. Le chiffre royal et la description du tableau figurent au dos et sur le châssis (fig. 1). Ce sujet, rarement représenté, fut sans doute proposé par l'artiste à Louis-Philippe. Après sa victoire sur le géant Goliath, David suscita la jalousie de Saül qui voulait le faire périr. David parvenait à calmer le souverain en jouant les accords harmonieux de sa harpe. Le tableau présente le roi Saül étendu sur son lit, l'esprit tourmenté au moment où David, introduit par la jeune Michol, commence à dissiper ses tourments.

Une description de la galerie créée par Louis-Philippe au Palais-Royal nous est parvenue à travers un témoignage d'un voyageur allemand: 'cette collection contient presque exclusivement des tableaux d'artistes français contemporains de Louis-Philippe, accrochés sur un rang dans sa chambre. Dans une belle et spacieuse galerie, tout n'est que découverte, certains notamment sur l'histoire du Palais-Royal et sur les armoiries de la famille d'Orléans. Seize tableaux de même dimensions occupent la superbe pièce qui leur est dédiée. La variété des tableaux est d'autant plus extraordinaire qu'elle dégage le sentiment que la galerie est à elle seule déjà une création. les excellents artistes sollicités se sont soumis à la nécessité de travailler en fonction des volumes de la galerie....la collection du Palais-Royal nous offre l'occasion de faire un état des lieux complet de l'esprit de la nouvelle peinture française et de ses différentes périodes d'évolution et transformations' (E. Kolloff, Beschreibung der Könlischen Museen und Privaat Galerien zu Paris, 1841, pp. 489-490). En effet, le décor du Palais-Royal fut confié à la fois à des artistes issus de l'atelier de David comme Gérard, Gros, et à des artistes de la génération romantique comme Horace Vernet, Hersent, Géricault. Même si les sujets traités furent majoritairement des paysages, on pouvait y trouver quelques peintures d'histoire antique.

Louis-Philippe d'Orléans est le fils de Louis-Philippe d'Orléans (1747-1793) et de Louise Henriette Marie Adelaïde de Bourbon (1753-1821). Partisan comme son père de la Révolution, il dut cependant s'exiler en Autriche en 1793 puis aux Etats-Unis. En 1809 il épouse Marie-Amélie de Bourbon (1782-1866). Après l'abdication de Napoléon, il rentre en France et se voit restituer le Palais-Royal qui avait été confisqué à sa famille après la Révolution. Sous les règnes de Louis XVIII et de Charles X sa popularité grandit et, en 1830, la chambre des députés le proclame roi après l'abdication de Charles X. En 1848, un soulèvement populaire le conduit à abdiquer à son tour et à s'enfuir de France. Il termine sa vie en Angleterre. Son goût pour la peinture et les arts était très développé. En dehors des décors de ses demeures de Paris, Neuilly et Eu qu'il confait aux artistes contemporains, il créa au Louvre une Galerie Espagnole et à Versailles une Galerie des batailles. Ses collections personnelles de peintures furent dispersées au cours de trois ventes à Paris après son décès. Le présent tableau fut inclus dans la vente du 28 avril 1851 (cette seule vente comptait quatre cent numéros).

Delestre, élève et biographe de Gros, signala l'existence d'une esquisse retouchée du tableau que Gros aurait donnée en cadeau à son élève Mademoiselle Sarazin de Belmont.


David playing the harp for King Saul or David dispelling the melancholy of Saul
signed 'Gros'
oil on canvas

Born in 1771, Gros entered the sudio of David at the age of fifteen and was admitted to the French Academy of Painting two years later. During a four year stay in Italy (1793 - 1799) he was presented to General Bonaparte of whom he produced a famous portrait, Bonaparte on the Bridge at Arcole which was triumphantly exibited at the Salon in 1796 and launched the artist's career. On his return to Paris he became one of the favourite painters of the First Consul and subsequently the Emperor, whose great military feats he would illustrate, including for example in Bonaparte visiting the Plague House of Jaffa, 1804 (Paris, Musée du Louvre),The Battle of Nazareth, 1801 (Nantes, Musée des Beaux-Arts),The Battle of Aboukir, 1806 (Versailles) and The Battle of the Pyramids, 1810 (Versailles). After 1815 and the restoration of the Bourbon monarchy, David fled into exile in Brussels leaving Gros to take over his post as a Professor at the Ecole des Beaux-Arts and to assume the role of leader of the French School of painting. Gros also took over David's studio, continuing to receive David's advice by means of abundant correspondence. Having experienced extraordinary critical success with his Napoleonic paintings, Gros was treated harshly by the critics at the Salons of the 1820's and 1830's. This can be explained by a discrepancy between the artist's continued pursuit of a neoclassical ideal and public disaffection with these serious subjects as well as his growing taste for genre paintings and portraits. Encouraged by David, who wrote to him regularly from Brussels 'You must devote yourself to truly historical painting' (Letter from David to Gros, 1st April 1821), Gros was in favour of a return to subjects from antiquity which in his eyes, were the only ones worthy of interest. He encouraged his pupils to return to the teachings of David -studying old masters, scrupulous respect for drawing, minute details and noble subjects-, from that point on rejecting the aesthetic innovation in his own images (freedom in terms of drawing, colours and proportions) as displayed in his passionate paintings of Napoleonic battles so greatly admired by the young romantics. Paradoxically, this admiration of the new generation, including Géricault, Horace Vernet and Delacroix, disheartened Gros, who felt responsible for having perverted painting by encouraging increased spontaneity and a choice of subjects from modern life.

Overcome by doubt, unhappy at home and heavily criticised at the Salon in 1835, where he exhibited his Acis et Galatea (Norfolk, Chrystler Museum), and Hercules and Diomedes (Toulouse, Musée des Augustins), Gros committed suicide in 1835 by throwing himself into the Seine.

It is therefore within the context of the most turbulent period in the career of Gros that the ambitious composition of David introduit près de Saül, pour dissiper par l'harmonie de sa harpe, les sombres idées dont le roi était tourmenté, should be seen, as well as its inclusion in the 1822 Salon. The picture was unfairly attacked (in an anonymous letter!) for excessive use of a cinnabar red (which was said to cause an increase in the price of his pigment on the Paris market), and, by certain critics, for the size of the figures (not large enough) and the proportional relationships between the characters. It was also praised by other critics - less numerous, it is true - for its 'oriental' poetry and its 'sentiment'. It was this same Salon in 1822 that Gros exhibited his splendid Bacchus and Ariane (Phoenix, Museum of art), which also received mixed reviews.

The picture was commissioned in 1821 by Louis-Philippe of Orléans for his gallery in the Palais Royal. The royal monogram and the description of the painting appear on the back and on the stretcher (fig. 1). This rarely depicted subject was doubtless suggested by the artist to Louis-Philippe. After his victory over the giant Goliath, David aroused the jealousy of Saul, who wanted to kill him. David succeeded in calming the king by playing harmonious tunes on his harp. The painting depicts King Saul lying on his bed, with a tortured soul at the moment when David, brought in by young Michol, begins to sooth his mind.

A description of the gallery created by Louis-Philippe in the Palais-Royal has come down to us in the testimony of a German traveller: 'This collection contains almost exclusively paintings by French artists who are contemporaries of Louis-Philippe, hanging from a picture rail in his chamber. They are all exhibited in a beautiful and spacious gallery, with some images of the history of the Palais-Royal and the coat of arms of the Orléans family. Sixteen pictures with the same dimensions occupy the superb room which has been dedicated to them. The variety of pictures is even more extraordinary in dispelling the feeling that the gallery is itself a creation: outstanding artists having been subjected to the need to work in accordance with the dimensions of the gallery... the Palais-Royal collection offers us the opportunity to fully assess the new spirit of French painting and its various stages development and transformation' (E. Kollof, Beschreibung der Könlischen Museen und Privaat Galerien zu Paris, 1841, pp. 489-490). In fact the decoration of the Palais-Royal was entrusted to artists from the studio of David including Gérard and Gros as well as artists from the romantic generation including Horace Vernet, Hersent and Géricault. Even though the subjects in question were mainly landscapes, the collection also contained a few pictures of scenes from antiquity.

Louis-Philippe of Orléans was the son of Louis-Philippe of Orléans (1747-1793) and Louise Henriette Marie Adelaide de Bourbon (1753- 1821). A supporter of the revolution, like his father, he was nevertheless forced into exile in Austria in 1793 and then to the United-States. In 1809 he married Marie-Amélie de Bourbon (1782- 1866). Following the abdication of Napoleon he returned to France and was given back the Palais-Royal, which had been confiscated from his family after the revolution. His popularity grew during the reigns of Louis XVIII and Charles X and, in 1830, the Chamber of Deputies proclaimed him King, following the abdication of Charles X. In 1848, a popular uprising forced him to abdicate in turn and to flee France. He ended his life in England. He was a true connoisseur of painting and the arts. In addition to the décor of his residences in Paris, Neuilly and Eu, for which he entrusted to contemporary artists, he created a Spanish Gallery in the Louvre and a Gallery of Battles at Versailles. His personal collections of paintings were broken up after his death during the course of three auctions, held in Paris. This painting was included in the sale on 28th April 1851 (this auction alone contained four hundred items).

Delestre, a student and biographer of Gros, points out the existence of a retouched sketch of the picture which Gros is thought to have given as a gift to his pupil Miss Sarazin de Belmont.

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